Actualité, Mode de vie, Réflexion

La littérature comme manière de vivre

Capture d’écran, le 2019-02-15 à 21.36.17

« …l’une des motivations fondamentales de l’écriture consiste à vouloir donner forme à l’informe, à clarifier ce qui est confus en soi : magma de perceptions diffuses, émotions enfouies, idées en vrac, entrelacs de souvenirs. Jean-Jacques Rousseau, dans le Manuscrit de Neufchâtel, précise ainsi vouloir «débrouiller ce chaos immense de sentiments si divers, si contradictoires» dont il fut agité toute sa vie. Les Confessions, l’une des premières entreprises autobiographiques moderne, se trouve ainsi justifiée. L’écriture joue ici à l’évidence une fonction cathartique… Elle aide à faire le point, à prendre du recul ; elle est l’instrument qui permet de mettre en mot une expérience que le langage oral, usé et approximatif, peine à dire. »

Tiré de : La littérature comme manière de vivre, Sciences Humaines

Par défaut
Actualité

Hier soir, il s’est éteint

Downie se donne à fond; il se dandine devant le micro, le torse raide comme un robot, avec des gestes scandés. Il ferme parfois les yeux, comme pour mieux habiter ses chansons. De temps à autre, il empoigne le mouchoir glissé dans la poche de son pantalon, et éponge son crâne rasé où perle la sueur. Un large cerne noirâtre se déploie au dos de sa chemise.

Sur le parterre, les adeptes ponctuent le rythme en frappant de leurs mains élevées dans les airs. Le chanteur tend la main à quelques privilégiés qui lui frôlent le bout des doigts. Des sifflements et des hurlements réclament un rappel, puis le spectacle se termine.

Extrait de L’Amour n’est rien, Éditions les 400 coups.

gordon-downie

Par défaut
On s'aime multi-puckés
Actualité, Réflexion

Le dysfonctionnel romancé

On ne fait pas de chanson, de pièce de théâtre, de film ou de roman qui vaille avec des histoires d’amour heureuses. Ça n’intéresse personne… ou si peu.

Quand l’amour va bien, on le laisse habituellement dans l’ombre. On le relègue autant que possible à l’intimité. Il n’y a pas beaucoup à dire à son sujet. Il faut le vivre pour le croire. L’amour heureux et épanoui se résume à un bonheur affirmé et des vœux de perpétuation de la part des proches empreints de sollicitude. L’amour heureux a quelque chose de kitch, on le garde généralement pour soi, on le chérit en secret, et on évite d’en faire l’étalage ostentatoire au risque de susciter les jalousies.

L’amour, pour être raconté et susciter l’intérêt d’un auditoire, doit receler une part de souffrance.

On est bien sûr en droit de se demander pourquoi les amours dysfonctionnelles font l’objet de multiples représentations, en littérature comme ailleurs, et surtout pourquoi elles retiennent notre attention de la sorte. On y trouve certainement un écho à nos propres afflictions, et l’on tente ainsi de sublimer nos douleurs dans l’espoir de les ennoblir.

Sommes-nous des êtres masochistes qui se complaisent dans la douleur? L’amour n’a-t-il de valeur à nos yeux qu’en fonction du pouvoir dévorant qu’il renferme?

Destructeur ou miraculeux, il est certain qu’on aime le savoir tout puissant.

On aime les montagnes russes d’émotions, mais on rêve qu’à la fin l’amour soit vainqueur et que règne à jamais le bonheur.

On a besoin de rêver.

Le rêve est une forme de désir, et l’on ne désire que ce qui se laisse désirer. Voilà pourquoi les histoires d’amour dysfonctionnelles nous fascinent. Elles nous captivent; on veut savoir qui, de l’amour ou de la haine, remportera le combat.

Réf. On s’aime multi-puckés – Urbania

Par défaut