Brèves, Textes divers

Les p’tites vues

Lui, il n’en sait rien.

Il fait ce qu’il a à faire.

Moi non plus je n’en sais rien encore; je prépare le souper. Je fais revenir patiemment dans la poêle quelques courgettes, des oignons, des morceaux de tomates fraîches que je saupoudre d’herbes de Provence. Lorsqu’ils sont bien dorés, je les mets de côté en les faisant tomber dans un petit bol avec ma cuillère de bois. Le parfum est doux et embaume la pièce.

Je m’approche du comptoir pour aller quérir la viande que j’y avais laissé.

Et c’est alors que je l’aperçois, par la porte restée ouverte.

Je m’arrête, étonnée par cet étrange spectacle que je n’avais jamais remarqué encore; sa silhouette se meut, floue, mise en lumière de l’autre côté de l’étroite paroi givrée de sa fenêtre de douche.

Je sens un léger sourire naître sur mon visage.

Je recule d’un pas, embarrassée par ma découverte, puis la curiosité me ramène; je distingue la couleur de sa peau et ses formes de manière assez nette: tête, épaules, bras, torse qui m’offrent une chorégraphie de mouvements qui me gardent captive pendant un moment.

Il ne sait pas que me voilà fascinée par l’écran qu’est devenue sa fenêtre.

Mais peu importe puisque, sur la surface blanche, il n’est pour moi que ta doublure.

Les souvenirs de toi ressurgissent et lui volent la vedette. 

 

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Changement de saison

Il faut toujours faire un deuil.

Déjà, l’automne est à nos portes.

J’éventre ma garde-robe en lui retirant tout ce qui lui reste d’été.

Avec mélancolie, j’ouvre la grande boîte de carton où j’avais rangé les vêtements chauds : chandails de laine, pantalons de denim, jupes doublées, et bas de coton. Ils trouvent peu à peu leur place sur les cintres de bois ou dans les tiroirs de mon chiffonnier.

Puis, tout au fond, sur le carton nu, ce foulard rayé qui me fige.

Je l’avais oublié.

Tu le portais au cou.

Tu m’en avais fait cadeau, parce qu’il était imprégné de ton parfum. 

 

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Porte ouverte

Tu t’affaires à débarrasser la table.

À l’aide d’une fourchette, tu fais glisser les restes dans une même assiette.

Tu te rends en fredonnant jusqu’au comptoir pour y déposer le tout et faire couler l’eau chaude dans l’évier. Tu ajoutes du détergent. Tu regardes monter la mousse en jouant dedans avec les doigts.

Tu jettes un œil distrait au balcon.

Puis, tu l’aperçois.

Ton sang se glace dans tes veines; tes yeux deviennent exorbités.

Elle est là, menaçante, dans le cadre de la porte, hésitant à entrer.

Tu pousses un cri d’effroi en reculant jusqu’au frigo.

Et vlan! Tu lui claques la porte au nez!

Elle n’entrera certes pas dans la maison, cette sale guêpe!

 

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