Brèves, Textes divers

Attention mesdames et messieurs

Je reconnais les premières notes.

J’entends soudain la voix de Fugain qui clame que ça va commencer.

Et toi alors, au volant de la voiture, fenêtre toute baissée pour profiter du soleil, tu chantes avec lui, à t’époumoner, sourire fendu jusqu’aux oreilles, en cherchant ma main pour la serrer dans la tienne.

«Installez-vous dans votre fauteuil, bien gentiment», me recommandes-tu, d’un air faussement sévère, en chantant avec lui.

Puis tu continues : «…cinq, quatre, trois, deux, un, zéro, partez!» Tu tapes un coup de paume sur le volant, les sourcils surélevés, le regard incrédule, étonné comme un gamin de ce qu’au même instant le feu de circulation tourne au vert.

«Tous les projecteurs vont s’allumer!» annoncez-vous de concert.

Et moi, j’assiste en première loge au spectacle de ta contagieuse joie de vivre.

 

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Mauvaise mine

Ah! La vache. Trois heures du mat.

Et c’est maintenant qu’tu rentres ?

T’avais pas l’heure. Quand même. C’est pas une excuse.

Tu t’es vu la tronche ?

Ces yeux bouffis de fatigue. Ce maquillage qui a commencé à couler.

Ta chevelure toute frisottante à cause de la pluie.

Ah et puis merde…

M’en vais m’coucher, moi… 

Je supporterai pas de m’regarder plus longtemps dans c’miroir. 

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Le gars d’à côté

Comme à tous les soirs, alors que je fais ma vaisselle et que la porte de mon appartement donnant sur le balcon est ouverte, je l’aperçois. Et je le remarque. Sa porte est aussi grande ouverte. Son appartement donne face au mien, ou presque, juste un peu de biais, c’est tout comme. Je vois son profil qui me perturbe toujours un peu, parce qu’il porte les cheveux longs, comme tu les portais toi aussi, avant. Une chevelure noire, épaisse, ondulée, qu’il attache derrière sa nuque en basse queue de cheval. Mais il ne m’aperçoit pas, du moins je le pense, trop occupé qu’il est à faire lui aussi sa vaisselle et à répondre aux demandes de sa fillette qui le presse de mille questions. Mon cœur est fébrile, bien malgré lui, et mon œil tangue, en valse-hésitation entre la mousse qui envahit l’évier et la vue du balcon, hésitant à s’attarder à sa silhouette, parce que je redoute de croiser son regard. Car alors, lorsqu’il se retournera, je verrai bien que ce n’est pas toi.

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