Downie se donne à fond; il se dandine devant le micro, le torse raide comme un robot, avec des gestes scandés. Il ferme parfois les yeux, comme pour mieux habiter ses chansons. De temps à autre, il empoigne le mouchoir glissé dans la poche de son pantalon, et éponge son crâne rasé où perle la sueur. Un large cerne noirâtre se déploie au dos de sa chemise.
Sur le parterre, les adeptes ponctuent le rythme en frappant de leurs mains élevées dans les airs. Le chanteur tend la main à quelques privilégiés qui lui frôlent le bout des doigts. Des sifflements et des hurlements réclament un rappel, puis le spectacle se termine.
Extrait de L’Amour n’est rien, Éditions les 400 coups.

Le drame du quotidien est celui qui ne fait pas les manchettes, du fait de n’avoir rien de spectaculaire. Il est celui qu’on banalise parce qu’on n’a pas de temps à lui accorder. Il est celui qui nous embête et qu’on nie, qu’on refuse d’assumer, afin de se laisser croire à soi-même et aux autres qu’on est fort, qu’on n’est surtout pas vulnérable. C’est celui de la violence ordinaire, de la culpabilité, des rêves brisés, des mal-aimés. Il se joue dans l’intimité. On en parle peu; on craint d’être jugé. C’est le drame qui fait mal en secret, qui nous tue à petit feu, alors qu’à l’extérieur tout semble aller bien.